Incendie et feu de forêt, un phénomène dévastateur...

En région Méditerranéenne, le feu de forêt est un phénomène ancien et récurrent qui a largement orienté l'évolution et la dynamique de la forêt et des espaces naturels. Qualifiées de "pyrophytes", certaines plantes comme les Cistes ou les Pins peuvent favoriser les incendies. Plus préoccupants sont les grands feux de forêt qui impactent durablement les paysages et les passages répétés des incendies qui laissent place à des formations non arborées. Avec le changement climatique, le régime des feux sera probablement aggravé.

Avec 10 à 15000 hectares parcourus chaque année en moyenne dans la région Sud-Est de la France, les surfaces détruites sont en nette diminution depuis 20 ans, même si l'année 2003 fut encore dramatique (61000 ha). Habituellement lors d'une saison on enregistre un grand nombre de "petits feux" (moins de 1 ha) et quelques grands incendies (plus de 1000 ha) lorsqu'en quelques jours les conditions météo, déjà très sévères, se dégradent encore (vents forts, périodes sèches...). A eux seuls, ces grands feux peuvent expliquer les bilans d'une saison.

Le feu de forêt en quelques mots

Les feux de forêt (FdF) ou incendies se déclarent dans une formation végétale, généralement de type forestière (forêts de feuillus ou/et de conifères) ou subforestière (garrigues, maquis...). Ce terme désigne globalement les feux de forêt, de maquis ou de garrigues ayant brûlé au moins 1 ha de massif. Ces incendies peuvent être d'origine naturelle ou humaine, volontaires, criminels, mais la plupart sont la conséquence d'une imprudence (mégot de cigarette, barbecue, feu de camp, feu d'artifice...).

Aléas, mécanismes et risques...

Apprendre à vivre avec le feu...

  • Le risque zéro n’existe pas
    Toutes les formations végétales peuvent être touchées à des degrés divers par l’incendie.
  • L’incendie n’est pas une fatalité
    3000 départs de feux et 15 000 hectares parcourus chaque année dans le quart sud-est de la France...
    Ces chiffres impressionnants doivent baisser grâce à la vigilance de tous et à l’effort des résidents à proximité des forêts.
  • Une menace qui s’aggrave
    Aujourd’hui, face à l’accroissement de la biomasse forestière, à l’uniformisation du couvert forestier et à l’urbanisation qui progresse, le risque incendie s’accentue. Le feu menace désormais de vastes étendues de forêts et des zones périurbaines en contact direct avec la forêt.
  • Distribution et fréquence
    L’incendie touche à des degrés divers l’ensemble des départements de la région. Sur le littoral – zone rouge – le feu peut passer en moyenne tous les 25 ans, sans exclure des passages plus fréquents. Près des agglomérations, 1 feu par an est enregistré pour 10 km2.

Facteurs et causes des incendies de forêt

Le triangle du feu Pour se déclancher, un feu a besoin d'une source de chaleur (flamme, éteincelle), d'oxygène (vent) et de combustible (végétation dans le cas d'un incendie de forêt). La végétation en territoire méditerranéen est particulièrement combustible, surtout en période sèche.

Pourquoi les forêts sont-elles sensibles aux incendies ?

Une partie de l’eau contenue dans les tissus des plantes (le combustible) est évaporée en période de forte chaleur et de secheresse.
Ces plantes souvent sont en contact avec l’air et l’oxygène (le comburant) un mélange hautement inflammable.
En été, certaines plantes comme les herbacées terminent leur cycle de vie ou comme les pins perdent leurs aiguilles pour diminuer leur masse foliaire. Ce sont des matérieux hautement combustibles.
Ainsi, une source de chaleur comme un mégot ou une étincelle peut rapidement entrainer une combustion.

Les causes naturelles

En territoire méditerranéen, les causes naturelles (généralement la foudre) représentent 2% des départs de feu seulement.

Les causes humaines

L’imprudence est responsable de 5 feux sur 10. Les travaux agricoles et forestiers, les jeux d’enfants et les travaux domestiques sont, avec les mégots et les barbecues, les premières causes d’éclosions. Vient ensuite la malveillance qui représente 39% des incendies. Les accidents (transformateurs électriques, voiture en feu...) se rencontrent aussi.

Causes des feux de forêt en pourcentage (1997 - 2010)

Comportements et dangers du feu

L’incendie cause de lourdes pertes forestières, matérielles et humaines. Depuis 1973, pas moins de 5 millions de m3 de bois, 8900 hectares de plantations et plus de 400 véhicules de lutte ont été détruits. Tragiquement, dans le sud méditerranéen, près de 60 sauveteurs ont perdu la vie sans compter les paysages anéantis et les écosystèmes gravement perturbés.

  • Éclosion. Le feu n’a besoin que d’air, de chaleur et de combustible sec pour se développer. La moindre étincelle peut déclencher un scénario catastrophe.
  • Départ de feu. Le feu démarre très souvent à moins de 100 m d’une habitation ou d’une route car il y a la plupart du temps, une origine humaine (imprudence, accident, malveillance).
  • Développement du feu. Selon le schéma habituel, un feu débute le plus souvent dans la strate herbacée. Il prend de l’ampleur au contact de la broussaille et des arbustes. Les flammes atteignent facilement les branches basses des arbres puis le feuillage des arbres les plus hauts.
  • Vitesse de propagation. Le feu peut se déplacer et atteindre des vitesses pouvant aller jusqu’à 5 km/h (ou 84 m/mn). Il va plus vite en montant une pente qu’en la descendant.
  • Sens de déplacement. Le feu se déplace généralement dans le sens du vent et les flammes de bas en haut (des broussailles vers les houppiers des arbres). Mais le vent et le relief modifient souvent l’avancée du feu.
  • Contours. Ce sont souvent des centaines de mètres de linéaires en combustion. Sous vent fort, le front de feu (l’avant) se déplace plus vite que les flancs.
  • Saute de feu. Avec les courants d’air ascendants générés par l’incendie, des fragments de végétaux incandescents peuvent être transportés en avant du front sur des distances supérieures à 2 km et provoquer de nouvelles éclosions très défavorables à la lutte.
  • Reprises. Un incendie est dit maîtrisé lorsqu’il ne progresse plus, éteint lorsqu’il a été noyé, quelquefois pendant plusieurs jours. Durant ce laps de temps, l’incendie est sous surveillance pour éviter les reprises.
  • Reliefs. Les mouvements de terrain rendent très difficile la lutte terrestre et la maîtrise des déplacements de l’incendie.
  • Végétation. Toutes les plantes peuvent brûler sans exception.

Quelques chiffres

En France, les statistiques sur les incendies de forêt dans la zone méditerranéenne sont tenues depuis 1973 dans la base de données appelée “Prométhée” accessible par le web à l’adresse www.promethee.com
Riche de nombreux tableaux statistiques, graphes par territoire et recherches par critères, le site renseigne sur des chiffres clé.

Les chiffres
Entre 1973 et 2010, 866 000 ha ont été touchés par les incendies dans le Sud-Est de la France. La très grande majorité des incendies parcourent moins d’un hectare. Les années catastrophes ont enregistré des bilans annuels très lourds avec plus de 50 000 ha parcourus pour les années 1979, 1989 et 1990. 2003 est l’année des records avec plus de 61 000 ha.
Sur la même période, on comptabilise plus de 99 000 éclosions avec des bilans annuels contrastés compris entre 1 300 et 4 400 départs de feux selon les années.

  • 32 départements français sont soumis au risque incendie selon le code forestier.
  • 2003, année noire, les bilans ont été dramatiques avec 417 000 ha brûlés pour le Portugal suivi par l’Espagne (131 000 ha), la France (73 000 ha) et l’Italie (59 000 ha).
  • 60,000 c’est le nombre moyen de départs de feux enregistrés dans l’Union Européenne (Source FAO).
  • 350 millions d’ha sont ravagés chaque année dans le monde dont la moitié en Afrique, par des feux de végétation.
  • 700,000 à 1 million d’ha partent en fumée chaque année, autour du bassin méditerranéen

Nombre de feux par an depuis 1973 (source Promethee) Nombre d'ha parcourus par an (source Promethee)

Les moyens de lutte contre les feux de forêt

En France la doctrine de la lutte repose sur une attaque systématique, rapide et massive des feux naissants. La chaîne, de la détection à l'extinction mobilise 35,000 personnes, sapeurs-pompiers, forestiers sapeurs, agents de l'ONF et des DDTM, militaires, pilotes de la Sécurité Civile, bénévoles des Comités Feux...

Doctrine d'emploi des moyens

Attaquer le feu au plus tôt possible après l'éclosion est la stratégie de base des sapeurs-pompiers. Elle repose sur la rapidité et l'efficacité de l'attaque des feux naissants et sur la mobilisation d'importants moyens de lutte terrestres et aériens ainsi que sur le pré-positionnement des moyens dans les massifs forestiers. Le dispositif estival est activé en fonction du risque journalier.

Danger météorologique d'incendie

La cellule de Méteo-France basée à Valabre (13) élabore 2 fois par jour des bulletins "feux de forêt" à destination des opérationnels. Cette assistance porte sur 116 zones du territoire méditerranéen. Pour chaque zone sont précisés les indices de sécheresse quotidiens et les prévisions pour J et J+1 des paramètres météorologiques et le danger météorologique. Ce danger s'établit sur une échelle à 6 niveaux, de "faible" à "exceptionnel".

La flotte des avions bombardiers d'eau

Les Canadairs :
La France dispose de 23 avions dont 11 célèbres canadairs. Pouvant larguer 6 tonnes d'eau, ces hydravions sont les seuls à pouvoir écoper sur les lacs ou en mer. L'écopage dure 12 secondes sur un plan d'eau d'au moins 1,500 mètres. La stratégie d'emploi consiste en une "noria" de 4 appareils attaquant simultanément un incendie.

Les Trackers :
Les 10 unités, d'une capacité de 3,200 litres sont déployés pour les opérations de détection et d'intervention sur feux naissants. Avec leur produits mouillants ou retardants ils assurent le GAAR (guet aérien armé).

Les Dash :
Acquis en 2004 et 2005, gros porteurs avec près de 10,000 litres, ils établissent des grandes barrières de retardant. Ils peuvent également effectuer des missions de liaison en saison hivernale. Pour le fonctionnement de l'ensemble de sa flotte aérienne, la BASC (Base Avion de la Sécurité Civile) dispose de 90 pilotes. Ces moyens de la Sécurité Civile sont complétés par des HBE (hélicoptère bombardier d'eau) ou de petits avions loués par les départements.

La défense des forêts contre l'incendie

Défense contre les feu de forêt

La Défense des Forêts Contre l'Incendie (DFCI) vise principalement à limiter le développement des incendies dans les massifs forestiers. Elle comprend notamment :

- La mise en place d'équipements dans chaque massif sensible pour le cloisonner, en faciliter la surveillance, permettre l'accès et la sécurité des secours et assurer la permanence de l'eau.
- La mise en oeuvre d'un dispositif estival de surveillance d'alerte.

L'équipement de la DFCI

Les pistes DFCI :
L’accès facilité aux massifs forestiers est un gage d’efficacité pour les moyens de lutte. L’arrivée rapide et sûre au plus près du sinistre ne peut être garantie que par des pistes en nombre suffisant et correctement entretenues. Elles possèdent toutes une bande débroussaillée et elles doivent déboucher sur un axe de circulation pour ne pas piéger les secours engagés. La création et l’entretien d’un vaste réseau de pistes permet de mailler les massifs.
Elles ne sont pas des routes ouvertes à la circulation…. Les voies de Défense des Forêts Contre l’Incendie ont pour objet de permettre la circulation des véhicules et personnels chargés de la prévention et de la lutte contre les incendies de forêt à l’intérieur des massifs forestiers afin d’en assurer la protection.
Pour y assurer la continuité d’un réseau défensif, la loi a donné aux pouvoirs publics la possibilité d’établir sur les propriétés une servitude de passage et d’aménagement.

Les points d'eau :
Citernes, plans d’eau, poteau incendie sont indispensables au bon ravitaillement des moyens de lutte (terrestres et aériens pour les hélicoptères bombardiers d’eau). Cette ressource en eau est vitale pour les opérations d’extinction et la défense des habitations.
Le maillage actuel dans les zones à risques est autour d’un point d’eau tous les x km.

Les vigies :
La surveillance s’appuie souvent sur des tours de guet situées sur les points hauts. Les opérateurs observent ainsi de grandes portions du territoire avec une couverture à 360°. Chargées de donner l’alerte pour toute fumée suspecte, les vigies peuvent localiser avec une très grande précision toutes les éclosions. Le dispositif des vigies est complété par des patrouilles au sol formées par les bénévoles des Comités Communaux Feux de Forêt et les personnels de l’Office National des Forêts et des DDTM, ainsi que des forestiers sapeurs des départements.
L’ensemble de ces moyens est un gage de réussite pour la détection et la dissuasion des feux ainsi que pour lancer et orienter les moyens de lutte sur des incendies au stade de l’éclosion.

Les coupures :
Le cloisonnement des massifs peut être réalisé par l’aménagement de vastes coupures dites “de combustible”. Sur ces secteurs stratégiques sont pratiqués des éclaircies et des débroussaillements pour créer des discontinuités (verticales et horizontales) dans la végétation. L’entretien régulier de ces surfaces peut être confié à des éleveurs pour en limiter les coûts. Ils trouvent des zones de fourrage complémentaire pour leur bétail (ovins, bovins ou caprins) et limitent ainsi l’embroussaillement. Des feux contrôlés peuvent aussi être régulièrement pratiqués pour limiter la dynamique de la végétation.
Ces coupures ne sont pas à proprement parler des “parefeux” car elles ne peuvent pas à elles seules stopper l’incendie mais seulement diminuer son intensité pour une intervention plus sûre et sécurisée des moyens de la lutte.

La forêt sous haute surveillance

L’efficacité du dispositif de lutte repose sur la détection précoce des éclosions pour un engagement rapide les moyens. Pour cela, un grands nombre de professionnels et bénévoles sont mobilisés sur le terrain pour la surveillance et la dissuasion.

Les moyens aériens de la Sécurité Civile

Mission dévolue en particulier aux trackers,le guet aérien armé (GAAR) consiste à faire le survol journalier des secteurs à risque pour des largages sur les éclosions. Chaque été, pas moins de 1 500 heures sont consacrées à cette mission de surveillance.

Les vigies et tours de guet

DFCI : les vigies et tours de guet "Positionnés" dès que le risque s’intensifie, les personnels en charge des vigies sont déterminants dans la détection des éclosions et le renseignement sur les menaces et les développements de l’incendie. Dans certains départements, c’est jusqu’à 30 tours de guet qui permettent une couverture quasi-total du territoire.

Les patrouilles terrestres

Les patrouilles terrestres Avec leurs véhicules 4 x 4, le plus souvent armé (600 l d’eau), ces patrouilles sont assurées par les équipes des forestiers sapeurs des Conseils Généraux, les agents des DDT(M) et de l’Office National des Forêts (ONF) ainsi que les nombreux bénévoles des Comités Communaux Feux de Forêt (CCFF).

Parcourant les massifs pour la surveillance et pour l’attaque de feux naissants, elles assurent également un rôle de dissuasion.

Le pré-positionnement

Selon le niveau de risque, des groupes d’intervention (un véhicule et 4 camions citerne feux de forêts (CCF) des sapeurspompiers et des militaires sont déployés dans les massifs pour une intervention précoce. Là encore, ils concourent à la vigilance.

L’Analyse du risque incendie

Les conditions météorologiques ont une influence directe sur la nature et le développement des incendies. Avec le concours de météo-France, l’Etat Major de Zone Sud (EMZ) basé à Valabre, dispose d’une cellule météo qui renseigne quotidiennement sur l’indice forêt météo (IFM).
Cette prévision basée sur des relevés de températures, de précipitations, d’humidité de l’air et de la teneur en eau des végétaux et du sol permet d’établir des niveaux de danger pour 120 secteurs du sud de la France et d’orienter la mise en place du dispositif et des moyens.

Les Comités Communaux feux de forêt

Forts de 10 000 personnes, les membres des CCFF sont des bénévoles qui donnent de leur temps pour assurer des missions de surveillance et de guidage des services en charge de la lutte. Tout l’été, ils sont également chargés de l’information du public sur les risques et les éventuelles limitations de l’accès en forêt. Ils assurent parfois la logistique du dispositif de secours.

Feux de forêt face à l'imprudence

Si les actions de lutte et d’équipement des massifs peuvent limiter les surfaces touchées et l’impact des incendies, elles doivent être complétées par des actions directes visant à diminuer le nombre d’éclosions, regroupés ici sous le terme générique d’actions “de prévention”.
Les statistiques sur les causes nous montrent que, si certaines causes accidentelles (décharges sauvages, lignes électriques, activité ferroviaire) ont considérablement diminué, les imprudences sont à l’origine de près de la moitié des incendies.
“Chaque citoyen doit donc être acteur de la prévention, par des précautions convenables et des comportements responsables. Cela passe par une connaissance des dangers, des interdits et des obligations.”

Feux de forêt et imprudences Les 4 catégories de l'imprudent :

  • celui qui ne sait pas et qui n’agit pas,
  • celui qui sait, mais qui ne sait pas comment faire,
  • celui qui ne sait pas mais qui ne fait pas trop mal,
  • celui qui connaît la règle mais ne l’applique pas.
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